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La psychologie humaniste

Si j’ai choisi cette image de l’Homme de Vitruve pour illustrer cet article, c’est pour deux raisons. 

  • La première, c’est que Léonard de Vinci, en anotant cette œuvre de Vitruve (-25 av.J.C.), donne un exemple de ce que souhaite le courant humaniste : replacer l’être humain au centre de son monde (ici, le nombril pour le cercle et le pubis pour le carré).  Il est intéressant de noter que l’on situe l’apparition des pensées humanistes en ce 15ème siècle (Erasme étant considéré comme le Prince des Humanistes) tentant de faire le tri entre l’héritage spirituel chrétien très puissant et une vision plus moderne et moins divine du monde, en le reliant avec des pensées de l’antiquité, comme celles d’Aristote ou de Platon. J’aime cet article issu des archives du Monde, datant de 1964 (!), mettant en avant les travaux d’un historien qualifiant Aristote d’existentiel, qui place donc l’existence dans un paradigme de “réalité vécue” avant toute autre considération, aussi divine soit-elle. Cela fait de cette réflexion un préquel de la psychologie humaniste selon Carl Rogers ou Abraham Maslow, qui développent leur pensée bien plus tard, dans les années 1960.
  • La seconde, c’est que l’on peut qualifier les Arts Martiaux d’Arts durs en reliant leurs technicités au carré, d’Arts doux en les reliant au cercle et d’Arts doux-durs en les reliant au triangle. L’Homme de Vitruve présentant ces trois figures (le triangle intrinsèquement  contenu dans le cercle comme dans le carré), impliquant la connexion de l’Homme avec la pensée par le cercle et avec le corps par le carré, permet de créer des liens évidents pour toute personne étudiant le taoïsme ; or il se trouve que les grands penseurs à l’initiative des courants de la psychologie humaniste ont cité l’influence du Taoïsme dans leurs études (Rogers, Maslow). Mon travail d’accompagnateur physique et mental se nourrissant de ma pratique et des enseignements issus des arts martiaux autant que de mes études et formations en sciences humaines, l’homme de Vitruve est une représentation à laquelle je suis attaché.

Quelques apports concernant la psychologie humaniste

La psychologie humaniste apparaît dans les années 1960, dans les domaines de la psychothérapeutique. À l’époque, deux écoles dominent le secteur : le comportementalisme (essentiellement utilisé aujourd’hui en rapport avec l’accompagnement des troubles autistiques, des troubles obsessionnels compulsifs, des comportements addictifs ou la gestion des protocoles industriels)  et la psychanalyse (qui suppose l’idée d’un déterminisme psychique induisant la pertinence de procédés tels que l’investigation des processus mentaux afin de déterminer la raison d’être de certains actes, pensées, symptômes et/ou de traiter des souffrances d’origine psychique).

S’inscrivant dans la période de l’après-guerre, dominée par les traumas collectifs et en recherche de sens, la psychologie humaniste s’intéresse plus à ce qui détermine un être humain épanoui qu’à ce qui détermine un être humain malade.

L’idée est qu’un être vivant est habité par des élans dits “positifs”, “constructifs”. À savoir que la recherche de tout être vivant est l’existence la plus adaptée possible aux stress de l’environnement afin non seulement de survivre mais de vivre une existence la plus favorable à un développement paisible et harmonieux. Ce qui est a priori questionné n’est donc pas les motivations de l’être, mais ses stratégies. Les comportements destructeurs seraient des réponses dysfonctionnelles à un environnement inadéquat. Au-delà donc de l’adaptation, l’être vivant vise à la quête de sens, la créativité, le dépassement de soi.  Les stratégies mises en place par l”individu doivent tenir compte de ses besoins et de la conscience de ses motivations.

Deux principaux fondateurs sont cités comme étant à l’origine de la psychologie humaniste :

Carl E. Rogers (1902 – 1987) : c’est le fondateur de la “thérapie centrée sur la personne”. Il amène les concepts d’empathie, de congruence et de non-jugement (voire de regard positif inconditionnel). Ainsi Rogers ne conçoit plus le thérapeute comme celui qui soigne mais comme celui qui accompagne le patient vers sa propre guérison, s’apparentant à un facilitateur. Il part du principe que l’être vivant cherche toujours à se réaliser, à se développer, à maintenir sa cohérence interne.

Abraham Maslow (1908 – 1970) : il est le père de la théorie de la hiérarchisation des besoins (bien qu’il ne l’ait pas inventée, la Pyramide de Maslow est ce que l’on connaît qui représente le mieux cette théorie) ; il amène aussi la théorie de l’auto-actualisation, à savoir le besoin de devenir ce que l’on est capable de devenir. Dit autrement, c’est l’idée d’atteindre son plein potentiel en exploitant ses talents, compétences et capacités créatives. 

Marshall Rosenberg (1934–2015) : Disciple de Carl E. Rogers, Marshall Rosenberg est le créateur de la Communication Non-Violente. La CNV détermine les notions de besoins universels, d’empathie relationnelle, de “responsabilité” personnelle, appliquées à la communication et à la gestion des conflits.

Une brève définition de la psychologie humaniste

La psychologie humaniste est donc un courant de la psychologie qui considère l’être humain comme fondamentalement capable, orienté vers la croissance, ayant besoin de liberté et animé par la réalisation de soi.
Elle part du principe que chacun est en mesure de donner du sens à sa vie, que chacun possède un potentiel demandant à être conscientisé. Elle remet l’humain au centre de sa réflexion et de son champs thérapeutique, elle valorise la notion de subjectivité et favorise les aspects positifs et évolutifs de l’individu plutôt que ses pathologies.

Remarque : je souhaite souligner cette notion de subjectivité. Elle implique que chaque individu perçoit, ressent et interprète le monde à sa manière, et que cette expérience personnelle est la clé pour comprendre son comportement, par le biais de l’empathie essentiellement évoquée par Carl Rogers.

Quelques réflexions issues de la psychologie humaniste

  • Il ne sert à rien d’agir comme si je n’étais pas ce que je suis.
  • Il ne sert à rien d’agir avec calme et gentillesse alors que je suis agacé et enclin à la critique.
  • Il ne sert à rien de prétendre connaître des réponses que je ne connais pas.
  • Il ne sert à rien d’agir comme si je ressentais de l’affection alors que je me sens hostile.
  • Il ne sert à rien d’agir comme si j’étais plein d’assurance si je me sens craintif et incertain.
  • Il ne sert à rien d’agir comme si j’étais en bonne santé si je me sens malade.
  • Je suis plus efficace quand j’arrive à m’écouter et à m’accepter et que je puis être moi-même.
  • Apprendre à être ce que je suis.
  • L’acceptation de moi-même fait que les relations deviennent réelles.
  • Les relations réelles ont tendance à changer plutôt qu’à demeurer statiques.
  • J’attache de la valeur au fait de me permettre de comprendre une autre personne (sortir de l’évaluation immédiate qui juge plutôt que comprend : c’est juste, c’est faux, c’est stupide, c’est anormal, ce n’est pas raisonnable, ce n’est pas bien…)
  • La compréhension de l’autre peut me faire changer, ce qui peut être perçu comme un risque, d’où l’importance de « se permettre » de comprendre l’autre.
  • C’est un enrichissement d’ouvrir les voies de communication qui permettent aux autres de me faire part de leurs sentiments et de leur univers tel qu’ils le perçoivent.
  • C’est un enrichissement de pouvoir m’accepter comme d’accepter une autre personne.