François Creton Remise en forme Entretien physique et mental
Désobéissance civile : Réveillez-vous !
Vous le savez probablement déjà, la « Zone du dehors » présente des articles très personnels, exprimant mes prises de position et mes sensibilités.
Je vous présente aujourd’hui un album qui n’est pas récent, il date de 2007. Presque 20 ans ! Il était alors parfaitement ancré dans la réalité socio-politique (il suffit de regarder la composition du gouvernement élu cette année-là pour constater que plusieurs de ses principaux acteurs ont été condamnés par la justice dans le cadre de leurs fonctions politiques, et ce n’est qu’un exemple).
Lorsque j’ai découvert cet album par le biais d’un ami, il y a 6 ans, il était toujours d’actualité. C’était la période du confinement, qui a suscité beaucoup de questionnements.
Je viens de le ré-écouter, et je me dis maintenant, avec un soupçon de désespoir sur la plan socio-politique, que cet album et ses propos sont intemporels.
Désobéissance civile
Le titre est parlant, engagé, référencé. Voyons ce que l’on peut dire de la « Désobéissance civile« .
« Obéir » sur le plan étymologique signifie « prêter l’oreille », « désobéir » signifie donc « ne pas prêter l’oreille ». Cependant, Eschyle en -525 av.JC, Cicéron en -43 av.JC, sont d’accord pour exprimer qu’au-delà de ce qui est entendu, « obéir » signifie « se soumettre », par conséquent « désobéir » signifie « ne pas se soumettre ». Source.
Quant à « civil » dans ce contexte, il ramène logiquement à la notion de citoyenneté.
La désobéissance civile se comprend donc comme « le refus d’un ou plusieurs citoyens de se soumettre », par extension à une loi, à une gouvernance. Historiquement, à ma connaissance, la première utilisation du terme est reconnue à Henry David Thoreau, philosophe naturaliste et poète nord-américain, ayant l’esclavagisme en horreur et ayant écrit un essai sur le thème de la désobéissance civile en 1849, à l’aube de la guerre de sécession au États-Unis. (Source)
Il est facile de trouver sur internet tout un tas de définitions politiques, philosophiques, littéraires, de la notion de désobéissance civile : wikipedia, podcast de Radio France, dicopart, etc…
Je préfère donner ici quelques exemples de la façon dont la désobéissance civile, loin d’être un phénomène moderne ou récent, a pu engendrer des avancées sociales et humanistes qui ont considérablement modifié la société :
Droit de vote des femmes : En Grande-Bretagne, des femmes ont gagné le droit de vote grâce à des actions fortes de désobéissance civile, durant lesquelles elles ont été maltraitées, torturées, entre 1906 et 1918. Ce n’est qu’en 1928 que le droit de vote est accordé inconditionnellement à toute personne âgée de plus de 21 ans. (Source : article en anglais)
Résistance fiscale et indépendance : La marche du sel, afin de lutter contre le monopole du sel, a été initiée par Gandhi en 1930. (Source)
La lutte contre la ségrégation de Claudette Colvin, Rosa Parks, des Freedom Riders et de nombreux(ses) autres acteurs(trices) moins connus(es) (Source 1, source 2, source 3)
Lutte pour les droits des homosexuels : En 1966, aux États-Unis, à New-York, alors que des lois étaient votées pour interdire les homosexuels dans les bars, des militants affichent leur sexualité et demandent à être servis. (Source).
Protection de l’environnement : Dans les années 1970, afin de lutter contre l’exploitation forestière en Nouvelle Zélande, un activiste, Steven King, organise une occupation des arbres en altitude et médiatise son combat. Ce dernier conduit à l’établissement d’un moratoire du gouvernement concernant l’exploitation forestière et participe à ce que la Nouvelle Zélande devienne aujourd’hui un exemple de préservation du patrimoine environnemental (Source)
Résistance fiscale 2 : Dans les années 1990, au Royaume Uni, le scandale de la « Poll Tax » a conduit à des émeutes comme Londres n’en avait que rarement vécu. Plus de 4.000.000 de britanniques ont refusé de payer la taxe individuelle et nombre d’entre eux ont été emprisonné. Mais ces actes de désobéissance ont conduit à une remise en question d’un système qui faisait que le milliardaire Duc de Westminster payait les mêmes impôts que son chauffeur. (Source 1, source 2)
Droit à l’avortement : Le manifeste des 343 salopes. En France en 1971, 343 femmes déclarent avoir clandestinement avorté alors que l’IVG est encore illégal. Ce manifeste comprend entre autres la signature de Gisèle Halimi, l’avocate ayant défendu les droits de deux femmes ayant avorté à la suite d’un viol collectif. Ces actes ont participé à ce que l’état français légalise l’IVG (Loi Veil) et fasse du viol un crime alors qu’il était considéré comme un délit, en 1980. (Source)
Malbouffe et agriculture : Les Faucheurs volontaires. En 1999, José Bové arrache des champs de Maïs OGM et démonte un restaurant rapide Mac Donald afin de dénoncer la malbouffe, les multinationales responsables de l’insécurité alimentaire, le monopole des semences auto-destructibles appartenant à ces mêmes multinationales. En 2015, seule l’Espagne et le Portugal autorisent encore les cultures OGM en Europe. (Source)
Protection des données personnelles : En 2013, Edward Snowden, spécialiste en cybersécurité, sacrifie sa liberté pour rendre public près de 10.000 documents de la NSA incriminant non seulement la NSA elle-même mais aussi de grandes sociétés de télécommunication américaines et des gouvernements européens. Les révélations de Snowden ont obligé les multinationales à modifier leur fonctionnement et à s’engager auprès de leurs usagers à préserver les informations les concernant. (Source 1 et source 2)
On peut ainsi trouver de nombreux autres exemples pour chacun des thèmes que j’ai choisi de représenter ici. Désobéir est par conséquent un acte le plus souvent pacifique, capable de faire bouger les gouvernances, en général en lien avec des lois iniques préservant le pouvoir et la rentabilité des plus riches au détriment des plus pauvres. Amnesty International propose même un guide pour faciliter les actions militantes reposant sur la désobéissance civile.