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Souplesse, mobilité, équilibre : les définitions

La souplesse

La souplesse du corps

La souplesse est définie de façons très différentes selon la discipline qui aborde son étude.

Il me semble que l’on peut, sur le plan physique, établir un consensus en disant que la souplesse est une qualité physique favorisant la réalisation de mouvements les plus amples possible, avec le plus grand confort, de façon active (avec contraction volontaire associée) ou passive (sans contraction volontaire associée).

Ce même consensus permet d’affirmer que l’on définit la souplesse comme statique ou dynamique. Ce qui les différencie est la présence ou l’absence d’un  mouvement d’élan favorisant le fait d’amener un muscle à un niveau d’extension maximal (par exemple lancer une jambe tendue vers le haut et vers l’avant pendant que l’autre reste en appui au sol).

La souplesse active (par exemple lorsque quelqu’un appuie sur notre dos alors que nous sommes au sol les jambes écartées en cherchant à poser nos coudes ou le torse au sol face à nous) est toujours plus efficace que la souplesse passive (réaliser le même étirement sans l’aide de quelqu’un).

De même la souplesse active dynamique (le lancer de jambe avec élan) est toujours supérieure à la souplesse statique (tenir la même position, une jambe au sol et l’autre tendue devant le plus haut possible).

La souplesse générale nous concerne tous, elle correspond à notre capacité d’adaptation, de récupération, sur le plan corporel, durant notre quotidien.

La souplesse spécifique correspond à la recherche d’une amplitude extrême en lien avec les exigences d’une discipline particulière.

La souplesse peut être concernée par des mouvements ou des postures réalisés par la personne elle-même ou par le biais de forces externes.

La souplesse concerne les articulations et les muscles :

Composante anatomique / % de résistance (Source)
Capsule articulaire / 47 %
Muscle / 41 %
Tendon / 10 %
Peau / 2 %

Ces chiffres démontrent la part de chacune des composantes anatomiques au sein d’un facteur de résistance global lié à la souplesse articulaire.

On peut en conclure que si les muscles et la capsule articulaire jouent un rôle quasi équivalent, le gain de souplesse des tendons et de la peau restent marginaux.

Il me semble intéressant d’observer la souplesse par le prisme de son absence, plutôt que par celui de sa présence. Ce que l’absence de souplesse suppose :

  • La raideur musculaire augmente les contraintes articulaires et ainsi favorise le risque de blessures structurelles.
  • Le manque de souplesse réduit la précision, nuit à la coordination motrice, perturbe le rendement musculaire.
  • En cas de mouvements réalisés involontairement au-delà de leur capacité initiale (comme par exemple une chute, un mouvement réflexe), les muscles manquant de souplesse (ou non étirés régulièrement) verront leurs risques de blessure augmentés.
  • Ne pas travailler sur sa souplesse nuit à la subtilité de la conscience de soi sur le plan physique.
  • De façon générale moins le corps est souple et plus lentement il récupère de sa fatigue.
  • Une souplesse limitée entraîne une augmentation de la dépense énergétique musculaire pour compenser cette limitation.

Une étude de Franck Noyes mise en avant dans un article rédigé par plusieurs auteurs, explique que suite à une interruption des entraînements (immobilisation post-blessure ou n’importe quelle autre raison), les pourcentages de récupération de la souplesse (et de la puissance musculaire) n’atteignaient jamais 100%, même après plusieurs mois de rééducation fonctionnelle. Plus cette interruption concerne des personnes avancées en âge et moins le pourcentage de récupération est important.  En d’autres termes, les ligaments concernés ont tendance à rompre plus tôt pour une charge équivalente. Donc à nouveau, le secret c’est de commencer, puis de continuer

La souplesse de l’esprit

Il s’agit de la capacité, de son habileté, à s’adapter aux circonstances sur les plans émotionnels et organisationnels. Travailler sa souplesse sur le plan mental nécessite de prendre conscience de ses rigidités. La conscience de soi est une des conditions favorisant sa capacité à se transformer au contact de l’autre. La psychologie humaniste renvoie la notion de « lâcher prise » à celle d' »ouverture à l’expérience » par le biais de l' »acceptation inconditionnelle de soi ».

Là encore tout est question d’entraînement. L’étude de textes d’inspirations variées concernant la psychologie humaniste, la psychologie cognitive, la psychologie comportementale, les démarches de pleine conscience, est une démarche efficace.

Dans l’objectif de développer sa souplesse d’esprit,  il est important de se consacrer à une pratique réunissant effectivement le corps et l’esprit en conscience, dans une intention d’acceptation, de non-jugement,de lâcher prise, comme le supposent la méditation et différentes méthodes de respirations.

Je l’ai déjà expliqué dans l’article concernant la théorie de l’énergétique chinoise, les émotions appartiennent au corps. Travailler le corps c’est se permettre de mieux gérer ses émotions. Travailler la souplesse du corps, avec tout ce que cela suppose d’énergie et de temps consacré,  d’intentions et d’attention, c’est aussi travailler la souplesse de l’esprit.

La lâcher-prise, en fonction des disciplines, conduit à diverses applications :

Sur le plan cognitif, il permet de prendre de la distance d’avec ses pensées, son mental, et de réduire les phénomènes obsessionnels.

Sur le plan émotionnel, cela facilite l’accueil des émotions sans offrir de résistance ni tenter de les fuir.

Sur le plan comportemental, cela permet d’agir dans le respect de ses valeurs et non selon ses peurs.

Sur le plan existentiel, spirituel, cela favorise le non-contrôle et le non-jugement.

 

La mobilité

La vidéo qui suit représente pour moi avec beaucoup d’élégance la notion de mobilité, à savoir la conjonction de la souplesse et de la force.

La mobilité du corps

La mobilité, comme le présente Jean-Marie Frécon ci-dessus avec un grand talent, est donc ce qui permet de se déplacer. Chez les organismes pluricellulaires, l’ensemble des systèmes musculo-squelettiques, nerveux et sensoriels concourt à la mobilité globale, que celle-ci serve à la quête de nourriture, à l’évasion face à un danger ou à la recherche d’un partenaire reproductif. Les contraintes imposées par l’environnement, telles que la topographie, la disponibilité des ressources ou la présence de congénères, influencent de façon significative le degré de mobilité observable dans un contexte naturel.

Ainsi, de façon archaïque, la mobilité est ce qui conditionne la survie.

A contrario, la sédentarité nuit à la qualité de (sur)-vie.

Comme pour la notion de souplesse, la mobilité est définie de façons très différentes en fonction des écoles de pensées et des disciplines. Pour moi, elle est la conjonction de la souplesse et de la force.

On peut être très souple et incapable de ramper par manque de coordination et de force physique. On peut être capable de faire 200 pompes et ne pas être capable de ramper par manque de souplesse.

Les déplacements silencieux ou précautionneux, les déplacements en milieu chaotique (pierrier en montagne, chambre d’enfant après un WE de très mauvais temps), la nage, la course, les déplacements contraints par des exigences extérieures (neige, terrain glissant, terrain inégal,  etc…), la quadrupédie, le cloche-pied, monter / descendre un escalier font tous appel à notre mobilité.

De façon moins extra-ordinaire, se déplacer avec un enfant dans un bras et un sac dans l’autre ; passer sous (ou sur) un obstacle ; glisser l’aspirateur sous un meuble sans se casser le dos ; entrer / sortir de sa voiture ; tout ceci fait également appel à notre mobilité.

Pour développer sa mobilité, il n’y a pas de secrets : il faut travailler sa force, travailler sa souplesse, réaliser des exercices spécifiques associant l’une et l’autre. Tout le monde, à n’importe quel âge, peut développer sa mobilité. Il s’agit de faire son travail avec intelligence (c’est à dire de façon adaptée à nos compétences).

La mobilité du mental

Comme pour la souplesse, la mobilité se vit dans le corps mais aussi dans le mental. Être capable de se confronter à la réalité de l’autre, à sa subjectivité, sans avoir le sentiment de se perdre soi-même ; réaliser un voyage dans un univers émotionnel étranger sans craindre d’y succomber ; accepter la réalité d’un déménagement, la perte de quelque chose ou de quelqu’un qui nous est cher ; accepter d’abandonner nos volontés d’absolu ; reconnaître et accepter sans les subir ses propres imperfections et celles de ceux qui nous entourent ;  tout ceci, c’est faire preuve d’une force de caractère associée à une capacité d’acceptation et d’empathie (et donc de souplesse) suffisantes pour garantir notre survie et au-delà de la satisfaction de cet impératif, favoriser notre bonheur.

L’Équilibre

L’équilibre, dans le contexte que je vous propose, c’est le fait de maîtriser une position sans tomber. Se tenir debout est déjà bien. Atteindre la dimension de l’immobilité tout en maintenant un équilibre c’est l’idéal. À quatre pattes, sur les pieds, sur les mains, sur la tête (si, si), sur le dos jambes en l’air ou sur les fesses dans la position du teaser en pilate, une posture d’équilibre fait appel à nos muscles posturaux.

De façon grossière, voici une liste principale des muscles jouant un rôle important dans les fonctions posturales et stabilisatrices :

  • Abdominaux (grand droit, transverse, obliques)
  • Dos (vertèbres, lombaires, fixateurs des omoplates)
  • Plancher Pelvien (périnée)
  • Épaules (rotateurs externes)
  • Hanches (psoas)
  • Fessiers (piriforme)

Il est important de noter que ces muscles ne sont pas « que » des muscles stabilisateurs. Cette fonction est une parmi d’autres (fonctions motrices, respiratoires, stabilisatrices, digestives, …)

La stabilité

Je différencie la notion d’équilibre et de stabilité. je donne à l’équilibre la définition d’un point d’immobilité dans une posture donnée, correspondant le plus souvent à un état de neutralisation entre forces opposées.

La mobilité est un état d’équilibre en mouvement. Marcher sur un fil, réaliser une forme en Taijiquan de façon lente, proche de l’immobilité, mais constamment en mouvement, réaliser un exercice d’équilibre tout en imposant une contrainte supplémentaire (se tenir en équilibre sur une jambe tout en jonglant), sont des moyens de travailler sa stabilité.